Burlesque: A Living History

Notes de lecture

Jane Briggeman est la fondatrice de The Golden Days of Burlesque Historical Society, une association américaine fondée en 1995 et ayant pour but de retrouver les acteurs de la scène burlesque passée et de préserver leur histoire.

Burlesque, a Living History est présenté comme un complément du premier livre de cette auteure: Burlesque: Legendary Stars of the Stage, que je ne possède pas encore. Vous me pardonnerez donc de commencer à rebrousse poils.

Un petit pavé de 439 pages avec une impression en noir et blanc sur un papier de qualité plutôt sommaire, tout comme la mise en page. Ce qui nous laisse deviner le projet d’une petite maison d’édition indépendante. Mais on s’en fiche, ce qui compte, c’est le burlesque!

Les quelques premières 175 pages sont consacrées à un abécédaire d’artistes du passé. Cela va de la petite bio de 3 lignes au portrait un peu plus fouillé, preuve de la difficulté de retrouver les informations de l’époque. Les plus chanceuses ont quand même le droit à quelques photos.

L’auteure revient ensuite plus longuement sur certaines de ces artistes comme par exemple Diane de Lys, rendue célèbre par son numéro de « Half & Half » (l’artiste jouant 2 personnages grâce à deux profils différents) : The Devil and the Virgin. Nous avions déjà parlé de ce style de numéro lors de notre interview de Wanda de Lullabies (à lire ici).

My act was sexy but dignified. My philosophy was to leave a little something to the imagination.

Diane de Lys


Le partenaire de Diane de Lys est ici une marionnette de diable qui la déshabille doucement. Tout comme chez Wanda, elle oppose d’abord une résistance pour finir par se laisser faire et même y éprouver du plaisir.
J’entends déjà la police burlesque du web crier à la culture du viol. On pourrait en discuter c’est vrai mais je vous parlerais alors du fantasme de se laisser aller au vice (diable) plutôt qu’à la vertu, de l’érotisation des « méchants » dans l’art (on pense évidemment à Dracula) ou tout simplement de distance, d’humour et de second degré si chers à notre discipline…

Diane de Lys, 1953

Un autre portrait a plus retenu mon attention que d’autres, c’est celui d’April March « The First Lady of Burlesque« , la pionnière de l’effeuillage classique et élégant.

Sa carrière bien remplie commence en 1945 par du cinéma, elle a 10 ans. Vient ensuite le burlesque à Dallas en 1952. Elle part même quelques mois en Europe en 1963 puis intègre la tournée d’Ann Corio This was Burlesque (J’avais beaucoup aimé le livre du même nom, j’espère vous en parler un jour).
Elle s’éloigne, comme beaucoup, de la scène burlesque au milieu des années 60 et, quand on lui propose un come-back dans les années 80, sa réponse est cinglante:

« No Way, not today. Today it’s not show-business. If I could go back and do it in the days when it was fun, I Would. I was always elegantly dressed. Did a lot of teasing and performed a good routine. Today they have everything off before they even come out on stage ».

Ce qui témoigne bien du passage à vide du burlesque à cette époque avec l’avènement du strip-tease sexuellement plus agressif et de la pornographie…

April March

La vie d’April March ressemble à un véritable film! Comme cet épisode survenu le 11 Septembre 1962 dans un club de Miami Beach : Le Place Pigalle. Deux hommes, Kun-Wha Yoo et Ray Allen Oglesby, invitent l’artiste et d’autres personnes à leur table et le champagne coule à flot. Refusant de payer la note, ils sont virés du club mais reviennent vers 4h du matin avec des armes à feu et tirent sur tout ce qui bouge. Il y aura malheureusement un mort et plusieurs blessés parmi l’équipe artistique dont la performeuse Sharon Sutton qui prendra deux balles. Fait terrible, cette dernière en perdra la jambe et finira par se suicider un an après…

Revenons à des choses plus réjouissantes. Le livre de Jane Briggeman s’attarde sur d’autres acteurs de la scène burlesque de l’époque, ceux dont on parle généralement peu comme des costumiers, comédiens ou patrons de club.

Elle continue ensuite par un listing des théâtres et clubs notables partout dans le pays, des salles de 1000 places parfois, ça fait rêver!
Le Folly Theater à Kansas City par exemple: 600 places, a vu passer des stars comme Sally Rand ou Gipsy Rose Lee si bien qu’il était surnommé le « Folly Burlesk ». Le théâtre ne tarda pas à subir le contrôle des censeurs. On pouvait lire cette pancarte en coulisse (la mention « ne pas se pendre aux rideaux » m’a fait beaucoup rire) :

« Women must wear net pants and brassieres. Brassieres must have cover for nipples. No bumps or grind direct to the audience. No hanging on curtains, No not touch body. No extreme flash. Wear panels. No suggestive lyrics in any vocal numbers. These are local laws and they are very strict! »


Ironie de l’Histoire, à partir de 1965, la mode étant plus à la pornographie qu’au burlesque, le théâtre fut transformé en cinéma pour adultes…

The Folly Theater


Pour achever de nous plonger dans l’atmosphère folle des shows burlesques d’antan, des extraits entiers de sketchs sont reproduits et donnent le ton des intermèdes qui avaient lieu entre chaque numéro d’effeuillage.
Enfin, l’ouvrage s’achève par une incursion dans le présent avec quelques portraits d’effeuilleuses des années 2000. Parmi lesquelles Ava Garter, que nous avons eu la chance de voir il y a quelques années en France dans une revue organisée par Gentry de Paris.

Pour vous procurer ce bouquin:

Burlesque : A Living History
Jane Burlesque Briggeman
www.BearManorMedia.com