Camille 2000, La Veuve Noire

Burlesque Magazine

En Juillet dernier, Camille 2000 a perdu sa bataille contre le cancer mais nous ne l’oublions pas.
Les innovations qu’elle a apportées au monde du Burlesque, tout cet héritage se perpétue aujourd’hui dans les oeuvres des artistes burlesques du monde entier. On la surnomme souvent la Marraine du Néo Burlesque tant elle a su adapter son art aux changements de la société.

Camille a décrit ses 20 ans de carrière débutée dans les années 60 dans une autobiographie intitulée Cosmic Queen.

«Au début de ma carrière, durant les dix premières années, je portais de longues robes fourreau perlées, des capes en plumes, j’utilisais des oiseaux, des éventails… J’ai beaucoup travaillé sur les accessoires et les décors sur mesure. Au cours des 10 dernières années, j’ai mis au point des numéros plus agressifs artistiquement parlant, pour essayer de retenir le public. C’est qu’avec l’avènement des spectacles de nu, nous perdions de plus en plus de clients. »

L’une de ces premières «performances artistiques agressives» fut un numéro très théâtral intitulé Black Widow Spider (La Veuve Noire).

Elle montait sur scène telle une araignée sur une chanson d’Alice Cooper avec une introduction enregistrée par Vincent Price. Elle portait alors une cape et un turban en velours noirs avec plus de 4 mètres de voile en mousseline de soie par-dessus une combinaison en résille elle aussi noire surmontée d’un serre-taille en lamé rouge recouvert de strass.

À l’époque, les numéros burlesques duraient 15 minutes voire plus et les danseuses utilisaient environ 3 chansons différentes. Il faut dire que la capacité d’attention était bien plus grande qu’à l’ère des smartphones. Les gens savaient prendre leur temps.

Après cette entrée fracassante sur scène, moment qui lui permet de poser son personnage et de se connecter avec le public, Camille dansait ensuite sur I want to do something freaky to you de Leon Haywood. À la fin de cette chanson, elle versait de la cire chaude sur sa poitrine, un moment qu’elle décrit comme très apprécié du public.

Mais c’était une fausse fin. Commençait alors la chanson Welcome to my Nightmare d’Alice Cooper avec une scénographie entièrement basée sur l’utilisation de la lumière. Un stroboscope était utilisé sur toute la durée de la chanson pendant laquelle elle hypnotisait le public par des poses lentes et sensuelles.

Pour le final, elle utilisait une autre chanson d’Alice Cooper : Only Women Bleed et tout devenait plus sinistre. Tenir le public dans la paume de sa main ne lui suffisait pas. Il fallait une autre surprise. À la fin de la chanson, elle sortait alors un vrai couteau (qui avait été truqué) et s’entaillait les seins. Elle se poignardait ensuite sur un flan et encore plus de sang jaillissait. Elle laissait le sang s’écouler sur les 4 dernières mesures de la chanson puis tombait à terre. Et la lumière s’éteignait…

Elle écrit que tout le monde pensait, elle y compris, que cette époque signait le crépuscule du conte de fées qu’avait été le Burlesque. Il n’existait de toute manière plus beaucoup de lieux pour en programmer. Et pourtant le Burlesque subsiste.

J’espère que les lecteurs trouveront inspirant le fait que de grandes innovations puissent se produire en temps de lutte. Que l’histoire de Camille 2000, la fille d’hier, d’aujourd’hui et de demain soit un phare dans notre voyage artistique vers le futur.

SOURCE: Cosmic Queen, par Camille Sands. Editions Lulu.com
Le texte en Anglais ici.