Chez PouPoule

Burlesque Magazine

Nous sommes parties à la rencontre de Chrys, créatrice de la boutique de vêtements anciens Chez PouPoule. Cette addict au vintage a accepté de nous raconter son parcours et son quotidien de donneuse de seconde vie aux plus jolies pièces de Paris.

Peux-tu nous parler de la boutique ? Comment as tu réussi à concrétiser sa création?

« Dans une précédente vie, j’étais maquilleuse et coiffeuse pour le cinéma, le théâtre et la mode.  J’ai exercé ce métier pendant presque 30 ans. Il est arrivé un moment où j’ai eu le sentiment d’avoir fait le tour de la question, je m’ennuyais, j’en avais marre de tout le temps me déplacer, de transporter mon matériel, j’avais besoin de me poser et de changer d’activité.
L’idée d’avoir une petite boutique a donc naturellement germé dans ma petite tête. Ça m’a pris deux ans pour arriver à maturation avec de nombreux doutes, hésitations, peurs, financement…

Mais le fait de ne surtout pas vouloir vivre avec des regrets l’a emporté sur les questionnements. Et puis je n’étais pas seule, Manu, mon compagnon, qui partage les mêmes passions m’a toujours soutenue. »

D’où vient ta passion pour les vêtements anciens ?

« J’ai grandi dans une famille très simple, entourée de femmes très coquettes qui m’ont transmis le goût des belles choses et du travail bien fait. Mes grands-mères savaient coudre, tricoter, crocheter, broder. L’une était bijoutière, l’autre graveuse de notes de musique sur les tampons d’imprimerie.
Ma mère, après des études de dessin, est devenue peintre, décoratrice et créatrice de chapeaux et bijoux.
J’ai toujours été entourée de tissus, vêtements et accessoires. À l’âge de 12 ans, je piquais les chemises et bleus de travail de mon grand-père. J’allais au collège habillée ainsi et j’appréciais le fait de me différencier des autres. Dès le plus jeune âge, j’ai aussi développé une passion pour les chaussures ( plus de 200 paires à ce jour dans ma collection).

J’ai commencé à chiner à l’âge de 14 ans. La première pièce, qui fait toujours partie de ma collection, est une robe d’intérieur des années vingt, en soie noire dont les manches sont brodées de motifs en velours rouge. Je l’avais payée dix francs aux puces de Montreuil ! 

Quelle est ta période de prédilection ?

« Au début, j’achetais des pièces très différentes des années vingt à cinquante. Avec le temps j’ai affiné mes recherches. Aujourd’hui je collectionne principalement des pièces de 1920 à 1945. J’aime les années vingt pour l’ampleur, les broderies et les perles. Les années trente pour les coupes, les imprimés, la fluidité. Les années quarante, ce qu’on appelle la période restriction durant la seconde guerre mondiale car à cette époque, les femmes ont développé des trésors d’imagination pour créer des pièces incroyables alors qu’elles n’avaient quasiment rien.
J’aimerais bien pouvoir tout garder mais à ce compte là, il aurait fallu que j’ouvre un musée et non une boutique. Et je préfère voir certaines pièces continuer à vivre sur mes clientes. »

Tu passes la semaine à la boutique alors comment fais-tu pour chiner ? Tu y vas le week-end, on t’apporte des choses ou alors tu vas aussi sur internet ? On veut connaître tous les secrets !!

« Je suis à la boutique toute la semaine. C’est parfois très difficile pour moi qui aime bouger et pour qui la préférence va à ma chasse aux trésors. J’y consacre mes week-ends et mes déplacements. Sans vous donner tout mes secrets, je vais partout où je peux. 
Puces, brocantes, débarras, successions, je travaille aussi avec des marchands spécialisés. Je regrette de ne pas pouvoir voyager plus en Europe pour cette chasse mais on ne peut pas être partout… J’achète très peu sur internet ou alors pour moi. 

Il arrive parfois que les personnes m’apportent des choses à la boutique, hélas, généralement ce ne sont pas les époques que je recherche. À la période de Noël, beaucoup aimeraient bien me refourguer le vison 70’s de mémé, sachez-le, je n’en veux pas !
Mes lundis, jour de fermeture de la boutique, certaines matinées et soirées sont consacrées au lavage, détachage, repassage, couture et réparation des pièces trouvées le week-end. C’est un peu fastidieux mais c’est aussi un réel plaisir de voir une robe jaunie par le temps et le stockage redevenir lumineuse. 

C’est anecdotique mais comme pour mon ancien métier, souvent les gens pensent que je ne fais que me balader et m’amuser et que les pièces arrivent nickel directement sur les cintres.
Flâner sur les brocantes c’est tellement chouette ! Mais ils n’ont pas idée de tout le boulot qu’il y a derrière ou du fait que lorsque eux y débarquent à 15h après le brunch, moi j’y étais à la lampe torche à 5h du mat par tout les temps. Fini les grasses mat’ pour la marmotte que je suis mais je ne vais pas m’en plaindre, j’adore ça ! »

Est-ce que tu as des clientes effeuilleuses ? Est – ce qu’elles sont gentilles et pas trop radines ?

« J’ai une clientèle très diverse. Des gens qui comme moi s’habillent de cette manière tous les jours, ceux qui font de la reconstitution historique, les gens de passage qui craquent sur une pièce vintage, les eco-responsables, les marchands étrangers, les collectionneurs, les costumiers et les gens du spectacle. Hélas pour ces derniers, il est parfois difficile de s’offrir les pièces qui leur plaisent faute de budget (une des raisons qui m’ont aussi fait quitter ce milieu). 

Pour la grande majorité, mes clients sont sympas, respectueux, parfois curieux et je crois pouvoir dire que j’ai de très bon rapports avec eux , bien que je sois un ours difficile à apprivoiser. Certains sont devenus des amis. 

Pour les autres, les pinailleurs, les emmerdeurs, les accro de la Conso, les qui n’y connaissent rien mais savent tout, ceux qui pensent être chez Emmaüs ou sur le marché, les impolis, les voleurs, les radins, les fous, mes légendaires amies Ironie et Auto-derision me soulagent grandement, je les en remercie tous les jours ! »

Chez PouPoule
86 rue de charonne
75011 Paris 


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