Critique et rejet en burlesque: un guide de survie

Rosabelle Selavy
Copyright Gabriella Lincoln

La critique et le rejet peuvent être très bien acceptés ou au contraire complètement anéantir un artiste. Sur la base de mes onze années à pratiquer le Burlesque et encore plus de temps à travailler en arts plastiques, j’ai décidé d’écrire un petit guide de survie en espérant qu’il puisse être utile à d’autres artistes en difficulté.

Le Burlesque est aujourd’hui bien plus populaire que lorsque j’ai commencé. On trouve beaucoup plus d’artistes et de styles très différents sur le marché. Et avec cela, plus d’opportunité d’échouer mais aussi de réussir.

Lorsqu’un artiste publie une œuvre dans la sphère publique, il se place tout de suite dans la position vulnérable d’être jugé. Avant même que cela ne se produise, il doit s’attendre à être confronté au rejet. Les plus grands artistes de l’Histoire sont passés par là. Et pour nous, qui travaillons avec notre corps, cela peut revêtir une dimension encore plus personnelle.

Je me suis spécialisée en études d’Arts à l’université. La plupart de nos examens et notes découlaient de la critique effectuée par nos pairs et dirigée par un professeur. Cela nous a préparés à prendre du recul émotionnel par rapport à notre travail tout en nous fournissant d’importants outils pour nous améliorer. Mais surtout, cela nous a appris à développer notre propre sens critique envers le travail des autres.

1. Utilisez la critique et le rejet comme carburant

Avez-vous déjà été la cible de critiques ? Toutes nos félicitations ! Cela signifie que vous essayez. N’ayez pas peur, prenez cela à bras le corps ! 
Une amie à moi s’est vue régulièrement confrontée au rejet, sur une base de plusieurs shows par mois. Cela signifiait ravaler sa fierté et foncer quand même et, à sa grande surprise, la réponse fut parfois une grand « Oui ! ». Elle s’est beaucoup sentie rejetée mais a aussi pu tomber sur des opportunités formidables.

Si vous avez été la cible de critiques, posez-vous des questions. D’où viennent ces personnes ? Êtes-vous d’accord avec ce qui est énoncé ? À quoi ressemble leur travail ? Quels sont leurs goûts ? Pouvez-vous y déceler quelque-chose de constructif ?
Et si vous n’y trouver rien d’utile, et bien vous n’êtes tout simplement pas obligé d’écouter tous les avis.

Laissez la critique vous nourrir. Laissez-la vous emmener jusqu’au niveau suivant. Sinon laissez tomber. Savoir faire la différence entre une critique constructive et une critique inutile est une compétence de survie importante.

Êtes-vous critiqué pour quelque-chose que vous ne pouvez pas changer ? Votre apparence physique par exemple (taille, corpulence, couleur de peau, couleur de cheveux, âge, identité de genre, etc…), ce n’est évidemment pas à ranger dans le contructif.
J’ai personnellement arrêté de laisser quiconque réduire ma valeur en fonction de mon apparence. M’adapter aux normes de beauté de quelqu’un d’autre n’est pas mon objectif artistique. Cela se produit dans le show-business mais le mouvement néo-burlesque a justement été créé pour protester contre les normes sociales oppressives et c’est pourquoi je suis ici.

2. N’abandonnez pas.

Gardez à l’esprit que si quelqu’un prend le temps de vous faire des critiques constructives, cela signifie probablement qu’il se soucie suffisamment de votre travail pour l’aider à se développer. Être critiqué ne signifie pas que vous devez abandonner votre création, vous pouvez peut-être utiliser cela pour vous améliorer. Parfois, les choses ne se lisent pas comme nous le pensons. Un œil extérieur peut être très utile.

Si vous vous sentez rejeté, accordez-vous le temps de digérer la déception voire la tristesse. Trouvez une activité qui vous inspire, allez au musée, regardez un spectacle, prenez un cours… Organisez-vous un plan avec des amis qui vous soutiennent. Trouvez des moyens de rester curieux et de continuer.

3. Soyez patient et ayez confiance, la Nature est abondante.

Souvent, la sensation de rejet entraîne un état de manque. Déjà, notre culture capitaliste nous a conditionnés à nous sentir toujours en manque de quelque-chose. 
La créativité, l’art, l’univers lui-même, tous sont abondants. Créer une œuvre d’art est un acte de foi. C’est un processus spirituel. Faites-vous confiance et continuez à chercher.

4. Vous n’êtes pas obligé de plaire à tout le monde.

Tout le monde ne vous aimera pas, vous ou votre travail. C’est ok. La différence est salutaire. Ne laissez pas cela vous empêcher de faire ce que vous aimez. La vie est courte.

Gardez l’esprit ouvert mais de toute manière « haters are going to hate ». Malheureusement, cela fait partie du showbiz. Gardez juste à l’esprit que vous n’êtes pas obligé de laisser les Haters entrer dans votre bulle. Il y a une raison pour qu’un œuf soit entouré d’une coquille. Une nouvelle création peut être vulnérable, surtout aux premiers stades, elle a elle-aussi besoin de sa coquille de protection.

Rosabelle Seavy
Oscar Wilde: « The Picture of Dorian Gray »

5. Comment faire face aux critiques non sollicitées ?

Cela m’a intimidée pendant longtemps. Et parfois, trop c’est trop. Une performance demande beaucoup d’énergie émotionnelle à certains d’entre nous et il y a un bon et un mauvais moment pour que l’autre donne son avis.

Et devinez quoi : juste avant ou juste après être monté sur scène, ce n’est effectivement pas le moment idéal.  La plupart des artistes a le cerveau à autre chose.
Si quelqu’un m’aborde avec des avis non sollicités immédiatement après une représentation, je réponds généralement : « Ce n’est pas le bon moment. Parlons-en plus tard autour d’un verre ou par message privé ». Après avoir été sur scène, il faut laisser le temps à l’adrénaline qui coule dans nos veines de retomber. Ce n’est pas le moment le plus rationnel.

Si quelqu’un émet une critique sur un autre artiste, soyez prudent là aussi. Ce n’est pas constructif et cela peut être un piège venimeux pour n’importe lequel n’entre nous.

6. L’autocritique.

Soyez compatissant avec vous-même. Nous pouvons parfois être nos pires détracteurs. La critique est un outil puissant seulement s’il y a un équilibre. La partie créative de notre cerveau ne fonctionne pas toujours bien sous la critique, nous devons donc savoir quand la désactiver.
Permettez-vous d’être imparfait.

L’article en anglais ici.