La Pin-up, modèle & héroïne

Elvgren

La genèse

Le terme Pin-up aurait été écrit pour la première fois en 1941 aux États-Unis, mais l’histoire de cette petite fiancée de l’Amérique est beaucoup plus ancienne et découle de nombreuses influences artistiques mais aussi historiques. 

L’image de la femme a toujours été une source d’inspiration pour les artistes et le reflet de chaque époque, mais l’on peut dire que c’est l’arrivée de la publicité qui a permis à l’image de la femme de sortir du cercle privé. 

Et si je vous disais que les racines de la pin-up peuvent être retrouvées en France, vous me diriez quoi ? 

Dernière moitié du XIXème siècle, Paris bouillonne et un homme, Jules Chéret invente les premières affiches publicitaires sur lesquelles il impose sa fameuse Chérette, une femme joyeuse, sophistiquée qui dévoile ses charmes avec pudeur dans la limite du publiquement correct. 

Cependant, c’est Outre-Atlantique qu’émerge le premier phénomène Pin-up avec l’arrivée de la Gibson Girl en 1887. Charles Dana Gibson dessine dans le magazine Life, l’Américaine, une nouvelle femme libérée, active. La Gibson Girl naît à l’époque des Suffragettes, elle est belle, saine, elle fait des études, elle est sportive, et elle choisit elle-même son partenaire !

 La fameuse Chérette de Jules Chéret
Portrait de la Gibson Girl

Mais, Il faudra attendre les années 30 pour que la pin-up s’impose réellement dans le quotidien des américains avec l’ingénieuse idée du magazine Esquire qui, en 1933, glisse des pin-ups entre les rubriques politique et économie !

Deux artistes deviennent ainsi les premiers maîtres du genre, Georges Petty avec sa Petty Girl puis Alberto Vargas avec sa Varga Girl (PS : Vargas perdra un temps son S dans la bataille).

En deux décennies, Alberto Vargas et une dizaine de dessinateurs définiront les contours du genre appelé également Cheesecake. 

Petty Girl, Georges Petty
Varga Girl, Alberto Vargas
Gil Elvrgren, chef de file de l’école Mayonnaise
Earl Moran
Zoe Mozert

Pin-up propaganda 

Avec la seconde guerre mondiale, La pin-up est celle qui remonte le moral des troupes, celle qui s’engage auprès des soldats en arborant l’uniforme de la Navy ou celui d’infirmière. Elle devient une femme plus mature et audacieuse comme a pu l’être la Gibson Girl, cinquante ans plus tôt. 

C’est, aussi, la fiancée dont on rêve, celle qu’on attend lorsqu’on est au front et qu’on pourrait présenter à ses parents. Celle du quotidien… Bref, une alternative plus romantique aux images pornographiques.  

La Varga girl devient si populaire que neuf millions d’exemplaires d’Esquire sont envoyés aux soldats et son image est reproduite sur les bombardiers américains, le fameux Nose art est né et porte chance au combat. 

Calendrier Brown & Bigelow, Earl Moran 
Nose Art dans Life Magazine

La Pinup se photographie aussi et est représentée sous les traits d’actrices hollywoodiennes ou de modèles anonymes. Elle fait vendre des cigarettes, du Coca-Cola, etc. En une décennie, elle impose au monde une image de l’Amérique.

 Betty Grable, pin-up préférée des GIs photographiée par Frank Powolny
Publicité Coca-Cola, “Delicious & refreshing » Gil Elvrgren

Retour à la réalité

L’après-guerre et les années 50 marquent un retour au conservatisme et la pin-up abandonne son indépendance. Elle devient la fiancée idéale, reine des tâches ménagères. On la retrouve maladroite, sortant de voiture, jardinant, préparant à manger, etc. Le style cheesecake s’adapte aux nouvelles mœurs.  

La pin-up des années 50 s’incarne aussi sous les traits des bombshells, ces blondes incendiaires ingénues comme une certaine Norma Jeane (alias Marilyn Monroe) ou encore Jane Mansfied. Elle s’incarne aussi sous les traits de Bettie Page qui garde une place à part.

En coulisse, Gil Elvrgren
Norma Jeane photographiée par Richard C. Miller
Jane Mansfield 4th of July 1955, 20th Fox

Est-ce cette image biaisée qui laisse moins de place à l’imaginaire et qui a eu raison de sa peau ? Je ne sais pas, mais en tout cas, l’arrivée du magazine Playboy en 1953 marque le début du déclin avec l’émergence de photos retouchées, plus directes et érotiques.

Les pin-ups ne sont plus épinglées au-dessus du lit mais dans le garage. 

Playboy premier numéro, Décembre 1953

Les hommes aussi !

Les hommes ne sont pas en reste, et oui messieurs, le style pinup ou cheesecake a eu son équivalent masculin : le beefcake !
Dans les années 50, les bellâtres Tab Hunter (photo), James Dean ou encore Tony Curtis posent aussi en maillots de bain…