Lolaloo des Bois: Glamazone

Lolaloo des Bois

Danseuse, chorégraphe et professeur de danse, elle embarque dans le tourbillon magique de l’effeuillage burlesque en 2007 en intégrant la troupe du Cabaret des Filles de Joie avant de tenter l’aventure en solo. Depuis, on la croise partout; des théâtre mythiques comme l’Olympia au zinc de bars rocks comme notre regretté La Féline. Et aujourd’hui, elle vous raconte la création de son dernier numéro: Glamazone.

Comment t’est venue l’idée du numéro?

Pour ce numéro, j’avais envie de prendre des risques. On me connait pour mon style classique de danseuse de Bump’n Grind, très traditionnel, ou encore comme effeuilleuse pulpeuse et plutôt rigolote. Même si j’avais déjà surpris le public avec le numéro de Femme Galactic à 3 seins, j’avais envie d’explorer et d’exploiter encore plus toutes mes compétences artristiques .

Au départ, j’ai préparé ce numéro pour une nouvelle Pretty Propaganda, le spectacle de Louise de Ville.
J’avais envie de danser, de danser “vraiment”, pas juste de faire des poses de pin-up à la suite les unes des autres. Envie d’assumer mon corps, avec ses nouvelles courbes de jeune maman. Envie d’aller plus loin dans mon rapport à celui-ci et de parler d’érotisme avec beaucoup de sincérité.
Excellente directrice artistique et conseillère émérite, Louise m’a encouragée à sortir de ma zone de confort et m’a guidée pas à pas dans l’élaboration de ce numéro, plus féministe et plus assumé.

Lolaloo des Bois

 Comment as-tu choisi la musique?

Je cherchais une musique évidemment inspirante pour me lâcher corporellement. Mon personnage de Glamazone est une femme forte mêlant la guerrière et la séductrice. Il fallait un morceau dont émanait à la fois de la puissance et de la douceur.
Je me suis tournée vers Woodkid, artiste dont j’adore les musiques si cinématographiques. Le morceau s’appelle On Then and Now. Il l’a composé pour un défilé de mode. La vision de mon acte m’est apparue limpide à la première écoute: des percussions à faire bondir une armée de Vikings et des nappes musicales si enivrantes qu’elles peuvent vous tirer les larmes en deux notes.

Quelles ont été les étapes de création?

J’ai commencé par la conception du costume. C’était obligatoire pour travailler ma chorégraphie et me sentir à l’aise dans mes mouvements. Puis je suis passée au travail d’écoute et de découpage de la musique.

Quel personnage allait naître de la symbiose de tous ces éléments réunis? Au début des répétitions, j’y allais un peu à tâtons, sans encore trouver mon rythme, mon vocabulaire. Sucre D’Orge est venue me donner un regard extérieur. Ses attentions particulières sur la musicalité de mes déplacements et autres déhanchés, m’ont permis d’y voir plus clair dans l’écriture et m’ont donné le coup de pouce nécessaire pour avancer.

Raconte-nous la conception du costume.

Ma pièce de départ est un bustier doré que j’avais chiné il y a longtemps en Tunisie dans un magasin de robes de mariée et qui trainait dans le fond de ma costumerie. Puis j’ai commandé un énorme Boa en tulle à Lily Verda qui, je ne le savais pas encore, allait finir sur ma tête, accroché à un casque comme une crinière de feu.
Financièrement,  je ne pouvais pas aller plus loin, alors je me suis mise à la couture de ma jupe en voile et de ma lingerie en lycra. Je me suis lancée, sans talent de couturière et sans machine à coudre! J’étais assez fière du résultat mais pas encore au bout de la réalisation, puis Louise de Ville est venue m’aider.

Côté accessoires, j’ai mis le paquet sur le côté guerrier. J’ai une lance et un bouclier, tous deux détournés. Mon bouclier est orné d’une poitrine dorée à 3 seins (clin d’oeil à la légende des Amazones qui s’en coupait un et à mon numéro précédent): la poitrine comme arme puissante de séduction et/ou de destruction massive.
Ma Lance était pensée au départ comme un énorme tube de rouge à lèvre pouvant s’ouvrir pour me remaquiller à n’importe quel moment. Je n’ai pas réussi à la fabriquer comme telle mais le bout de la flèche se décalotte et dévoile une pointe rouge vif qui peut laisser libre court à pas mal de sous-entendus.

Qu’est-ce qui t’a posé le plus de problèmes et comment les as-tu réglés?

Les problèmes ont principalement été d’ordre technique. J’ai compensé mon manque de finances en utilisant un maximum de choses que j’avais en stock et le manque de machine à coudre en cousant à la main et en comptant sur l’aide précieuse de Louise. 

Et puis, il y a eu un gros questionnement. Je voulais parler de sexualité, de masturbation, de plaisir assumé mais, effeuilleuse burlesque oblige, ne pas basculer dans une certaine forme de vulgarité. Comment faire?
Et bien, après mûres réflexions, c’est sur scène que j’ai trouvé la réponse. Il y a un moment très concret dans ma danse ou je mime une masturbation, face public. L’instant est sincère et sacré. Il apporte à mon personnage liberté et lâcher prise. C’est à ce moment où j’ai senti les encouragements bienveillants des spectateurs. A partir de là, la machine Glamazone était lancée.

 Quelle est l’étape de création que tu as préférée, et pourquoi?

Mon étape préférée de la création a été quand j’ai commencé à m’amuser avec l’énorme boa porté en coiffe. Il me donnait une dimension nouvelle, plus grande, plus imposante et m’apportait beaucoup de possibilités chorégraphiques. 

Quand l’as-tu joué pour la première fois?

Je l’ai joué la première fois pour la Pretty Propaganda “Strange Love”, à Ground Control Paris le 14 février 2020. Une soirée que j’ai co-organisée avec Louise de Ville. Le retour du public a été direct. Les femmes sont venues me voir et m’ont dit merci: « Merci pour avoir oser et bravo pour l’énergie partagée ». 

Pourquoi as-tu choisi de parler de ce numéro en particulier?

J’ai choisi de parler de ce numéro car c’est le dernier que j’ai créé. Alors forcément les étapes de sa construction sont les plus fraîches ! Cet acte montre aussi chez moi une évolution personnelle et artistique. Après 13 années de pratique, on évolue, on se cherche et on se surprend toujours. Je crois que c’est ce qui est si excitant dans notre métier d’artiste.

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