Loulou Champagne: Anima

Burlesque Magazine
Neil Kendall

Loulou Champagne est tombée dans la marmite du burlesque en 2011 lors d’un voyage au Cambodge. De retour à Paris, elle suit la formation proposée par Gentry de Paris et commence rapidement à organiser des événements comme la Beauties of Burlesque ou la Semaine du Burlesque. Prix du Jury au Paris Burlesque Festival 2013 et finaliste de Burlesque Idol 2014, elle s’est également produite dans tout plein de pays du monde.
Aujourd’hui, c’est elle qui passe à la casserole et elle nous donne la recette de son numéro Anima.

Claire Dem

Comment t’est venue l’idée de ce numéro?

Jusqu’ici, j’avais un répertoire que l’on peut qualifier de « classique ». Je puise vraiment mon inspiration, tant musicale que visuelle, dans l’âge d’or du burlesque américain, à savoir les années 40 à 50.
J’ai réalisé cependant qu’aucun de mes numéros actuels ne faisait la part belle à un accessoire – ou « prop » – ballons, éventails, coupe de champagne etc…
Aussi, j’ai eu envie de m’attaquer à un des archétypes les plus connus de l’imaginaire burlesque, la danse d’éventails. Il me semblait que deux figures classiques s’imposaient pour traiter ce thème : le détournement par le rire ou celui de la créature de rêve. Alors j’ai réfléchi à une troisième voie.

Loulou Champagne
Alain Oddou

En règle générale, je muris les numéros très lentement. Entre la germination du concept et sa perception plus concrète, il s’est écoulé près de deux ans. C’est en fait un évènement qui a permis de donner naissance à ce numéro : la mort de mon grand-père maternel.
Si mon numéro Kebra Nagast faisait déjà un petit clin d’œil à la culture éthiopienne, Anima allait être un ancrage dans mon identité plurielle. J’ai voulu jouer sur l’idée que selon la religion animiste, chaque chose, chaque objet est habité par un esprit. Même les éventails !

Quelles ont été les étapes de création?

La musique est le point de départ de tous mes numéros. J’écoutais tranquillement la radio quand j’ai entendu Nde Yem de l’artiste camerounais Blick Bassy. Mon cœur s’est arrêté : je ne connais pas le Cameroun, je ne comprenais pas un fichtre mot des paroles, mais la douceur enveloppante, la spiritualité, l’émotion m’ont saisie immédiatement. Le public réagit toujours très fortement à cette musique. Elle permet une communion au-delà de la barrière de la langue. La musique est vraiment un véhicule universel.

La première étape est donc toujours la même : faire mienne la musique, me l’approprier, connaître par cœur les pauses et les soupirs, avant de commencer la chorégraphie. Ce processus était encore plus important ici pour se concentrer sur les mouvements d’éventails.
Et enfin, penser et finaliser le costume.

Loulou Champagne
Alain Oddou

Raconte-nous sa conception justement.

Pour le costume, je me suis adressée à la Fabrique du Hanneton. À numéro spécial, costume spécial, tranchant avec mon style rétro-glamour ! Le numéro est conçu à la base comme un reverse (on s’habille au lieu de se déshabiller). Il est donc pratique et modulable.

Généralement, j’associe chaque numéro à une ou deux couleurs dominantes. Ici, cela a été le rouge. Nous avons exploré ensemble les matières, les textures autour de cette couleur, avec cette grande coiffe. 

Les pasties (cache-tétons) réalisés par Adora Belle sont mis à l’honneur aussi. Je n’en dis pas plus…En bref, ce costume est très simple, car finalement dans cette mise à nue, ce qui compte, ce sont les plumes.

Qu’est-ce qui t’a posé le plus de problèmes?

Le plus gros souci a été de fluidifier l’effeuillage en ayant les éventails toujours en main.
Souvent, les props font uniquement office d’accessoires. Ils viennent habiller le numéro : on les pose et on les reprend. J’ai dû apprendre à dompter les géants de plumes (ça pèse super lourd, ces choses-là). Au début, je n’arrivais pas à les manipuler plus d’une minute. Il a fallu répéter encore, encore et encore…

Loulou Champagne
Verena Gremmer

Quelle est l’étape de création que tu as préférée?

C’est le tâtonnement, les heures passées à faire, refaire, retravailler le mouvement jusqu’à ce qu’il devienne propre à soi et aussi, le regard extérieur : c’est toujours intéressant de le nourrir de la vision d’autrui. Merci d’ailleurs à Rosabelle Selavy et à Vivi Valentine. Il a été fin prêt pour sa grande première lors du show « Les Plumettes » au Théâtre Clavel.

Loulou Champagne
Nicolas Bauclin

Pourquoi as-tu choisi de parler de ce numéro en particulier?

Ce numéro est sans aucun doute l’un de mes numéros les plus personnels. Il est un peu mystique, sans perdre sa touche jazzy. Il change, évolue avec moi. Il me donne l’occasion d’ouvrir une porte vers le monde des esprits et d’inviter le public à un voyage plein de mystère. Je suis toujours très contente de le danser et j’espère qu’il permet de passer un petit moment hors du temps. 

Majic Miju