Sapphira: le Burlesque comme thérapie

Sapphira Burlesque or Bust

Playa d’en Bossa 2017, je participais à la première édition du Ibiza Burlesque Festival avec ma copine Mam’zelle Plum’ti. Le pied.

Le premier soir, à la veille du lancement, Sapphira, la productrice, nous a donné rendez-vous à tous sur le rooftop de son hôtel au coucher du soleil. Un hôtel tout blanc donnant sur une mer toute bleue… Le grand jeu.
Et elle nous y accueille chaleureusement en nous offrant des papillons à arborer fièrement.

Ceux qui me connaissent savent que je n’ai jamais été trop douée pour les effusions sentimentales, embrassades et discours façon « team-building ». Décontenancée, j’ai d’abord pris ça pour la fameuse Ibiza Experience. Comme quoi ce n’est pas toi qui choisis l’île, c’est elle qui te choisit. Tout ça tout ça… Une îles de perchés quoi…
Et puis, dans la conversation, elle nous lâche des bribes de son passif et de son parcours, et là j’ai compris.

Sapphira est de ces personnes pour qui le Burlesque est une véritable thérapie. Un aspect de la discipline qui m’a toujours été un peu étranger mais force est de constater que ça existe et elle raconte tout ça dans un livre : Burlesque or Bust; Bringing my mental Health to Heel .

La genèse

C’est que, ce bouquin, c’est un peu le processus de toute une vie. Il s’avère que Sapphira a grandi dans une secte évangélique et qu’elle a bien morflé. Dès l’enfance on la conditionne, elle raconte traîner une peur constante et un grand sentiment de honte.
À 21 ans, elle fait un break-down et est hospitalisée pour troubles psychotiques sévères. Dans sa petite chambre d’hôpital, elle a le droit à un lecteur CD et elle se réfugie dans la musique.
Le seul disque qui tourne est une compilation de musique chill: Café Del Mar et plus particulièrement Tones, un morceau au piano du français Marc Durif (fondateur du label Nova Nova).
Ils deviendront amis. Comme elle jouera plus tard au Café del Mar à Ibiza, la vie est parfois étonnante…

Avec Antony, au Café del Mar

Au fil du temps, elle réussit à s’éloigner du groupe religieux et à retrouver peu à peu sa capacité à réintégrer une vie normale.
Sapphira cherche alors un moyen de faire la paix avec elle-même et à se réapproprier son corps. Ça passe d’abord par la danse orientale, puis quand elle quitte son Australie natale une première fois pour s’installer à Londres, elle découvre le sacro-saint Burlesque.

Débuts en danse orientale

Elle envisage alors tout cela comme une expérience profondément spirituelle et distribue des papillons à toutes les personnes qu’elle croise: « J’ai adopté le papillon comme symbole de guérison et de renaissance. J’en donne à tout le monde, des étudiants aux artistes en passant par des avocats ou des journalistes. »

Sapphira se découvre; elle devient artiste, productrice, directrice d’un festival et d’une école de danse. Tous ses projets sont autofinancés et donc risqués. Il lui est arrivé de subir de grosses pertes mais elle réussit toujours à tenir le coup en cumulant un job alimentaire et de l’argent qu’elle avait mis de côté pour l’achat d’une maison: « Le Burlesque signifie beaucoup plus pour moi que des briques avec lesquelles d’autres se construisent un sentiment de sécurité. »

Paris, avec Marc Durif

L’influence Dita

« J’ai rencontré Dita la première fois en 2006 au Coco de Mer à Londres puis une nouvelle fois en 2013 quand elle est venue à Melbourne. À cette époque-là, je co-dirigeais le Australian Burlesque Festival et je venais de fonder mon école Sapphira’s Showgirls. Je lui ai offert notre calendrier pour lui montrer qu’en incarnant si bien sa sensualité, elle m’a aidée à trouver la mienne et qu’elle est un modèle pour beaucoup d’autres femmes. »

Avec Dita Von Teese à Melbourne

Les années galère

2013, Melbourne, elle organise une tournée et c’est un fiasco. Elle en sort complètement ruinée au point de devoir retourner vivre chez ses parents et vendre une grande partie de ses meubles et effets personnels. Elle trouve alors un boulot d’intérimaire en télémarketing chez Macmillan Publishers, une maison d’édition internationale. L’idée du livre commence à poindre le bout de son nez et elle en écrit les premiers 5000 mots.

Passion Crazy

Quand elle s’installe à Londres en 2014 avec son mari Antony Silcock (alias Tonestepa, un producteur de musique), les finances ne sont pas au beau fixe. Heureusement, elle trouve un petit boulot dans la branche britannique de Macmillan.
Quand elle apprend que Dita vient jouer au légendaire Crazy Horse à Paris, elle se met à économiser chaque penny. Ils partent sans billet retour, ils n’ont pas les moyens, mais advienne que pourra.

Sapphira à Cannes

« En voyant le spectacle au Crazy Horse ce soir-là, j’ai vraiment ressenti un sentiment de complétude. Chaque interprète était comme un miroir reflétant la beauté de toutes les femmes. Cette salle mythique est devenue comme ma maison spirituelle. 
Nous y sommes revenus pour une expérience encore plus profonde, le Bionic Showgirl de Viktoria Modesta. D’une part parce le directeur artistique du show est également passé par le Cirque du Soleil, tout comme le directeur de Heart Ibiza, le club où j’organise le festival. D’autre part parce que ce cabaret mettait en lumière la diversité: sa star, Viktoria Modesta, a subi dans sa jeunesse une amputation de la jambe et cela ne l’a pas empêchée de s’accomplir. »

Ibiza

Le livre

En rentrant à Londres, Sapphira retourne à son filet de sécurité chez Macmillan. Quand son supérieur hiérarchique, James Waller, quitte son poste pour devenir directeur général de Trigger Publishing, une maison d’édition dédiée au bien-être et à la santé mentale, tout bascule. Quelques semaines après avoir pris son nouveau poste, James lui envoie un e-mail pour savoir si cela l’intéressait de partager son histoire.
Elle n’a plus qu’à ressortir les 5000 premiers mots déjà écrits du placard et se remettre au travail.
« J’ai eu quelques conversations avec ma famille pour m’assurer qu’ils étaient à l’aise avec l’idée. Je n’oublierai jamais la réaction de mon père quand il a dit: « Nous ne pouvions espérer meilleure fille et pardon de ne pas toujours avoir agi correctement ». »

Le livre sort le 1er octobre 2018, pour la Journée Mondiale de la Santé Mentale.

Et maintenant?

« Je me sens incroyablement fière de ce que j’ai accompli. Le Burlesque, avec la musique, ont été mes hobby et mes obsessions. Je leur ai tout donné. Pour boucler la boucle, je rêve d’adapter Burlesque or Bust en comédie musicale. Comme à l’époque où j’ai joué dans Gypsy, la comédie musicale sur la vie de la célèbre effeuilleuse américaine Gypsy Rose Lee. »

Sapphira’s Showgirls

Retrouvez Sapphira sur Facebook

www.sapphiramusic.com

Burlesque or Bust: Bringing my Mental Health to Heel
Trigger Publishing