Wanda de Lullabies: La Créature

Burlesque Magazine
© Neil Kendall

Deuxième effeuilleuse invitée à décortiquer pour nous la création d’un numéro d’effeuillage burlesque: la grenobloise Wanda de Lullabies.

Wanda a démarré le burlesque en 2010 lors d’une soirée de concerts rock’n’roll. Passionnée par cet univers vintage, elle s’embarque pourtant dans l’aventure en pensant ne jouer qu’une seule fois… et cela fait aujourd’hui presque 10 ans !
Après avoir créé le collectif BBB avec Mrs Rose, elle rejoint le collectif Cherry Chérie en 2018 avec lequel elle produit des spectacles à Grenoble, et où elle y enseigne aussi le burlesque.

En 2015, elle reçoit le prix « Queen of The Lake » au Festival Burlesque de Como en Italie pour son numéro Wandarella, un numéro spatial. Mais, aujourd’hui, elle souhaite mettre en lumière la vedette des profondeurs marécageuses : La Créature du Lagon Noir.
Interview:

Comment t’est venue l’idée?

Pour ce numéro, j’avais très envie d’une ambiance exotique et, à l’époque, je m’orientais doucement vers un burlesque théâtral. Je suis alors tombée sur des vidéos de numéros d’antan qui mettaient en scène des half & half (demi-demi). Sur l’une d’elle, s’animait un diable pervertissant une jeune femme (ou l’inverse^^). J’étais fascinée par ce jeu et cela représentait un beau défi. La créature, en realité, a bien failli ne jamais voir le jour, puisque l’idée de départ était… un gorille !

Il s’avère qu’après des semaines de préparation, je suis tombée sur une vidéo trop similaire à l’idée que j’avais en tête. Ça m’a forcée, par chance, à m’orienter vers un autre choix de personnage. Après avoir créé un numéro autour de la Fiancée de Frankenstein, ça résonnait finalement comme une évidence de proposer The Creature from the Black Lagoon !

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Quelles sont tes influences?

J’aime aller fouiller, chiner, puiser mon inspiration dans le cinéma et ses bandes originales. J’aime les films de serie B des années 50, leur excentricité en terme de décor, costumes et scénarios : pin-up faussement innocentes, monstres en carton-pâte, soucoupes volantes… J’y vois beaucoup de similitudes avec nos mises en scène dans le Burlesque ! Également le cinéma d’exploitation des années 60/70, une culture et esthétique qui me plaisent particulièrement.

Comment as-tu choisi la musique?

J’avais en tête la chanson des Deadly Ones « There is a creature in the surfer’s lagoon » (1964). Quand j’ai eu l’idée du numéro, il était difficile de passer à côté.
La Créature est composé de quatre tableaux, il fallait donc plusieurs musiques pour bien marquer ces différentes ambiances. J’avais très envie d’utiliser le mysterieux et exotique « Taboo ». Il y a donc deux versions de « Taboo ». Et au milieu, un morceau tittyshaker sur lequel j’ai ajouté un bruitage aquatique, cris et rugissements de monstres des profondeurs.

Par quoi as-tu commencé à travailler?

Par la structure narrative. La première étape fut celle de découper les différentes parties : une introduction pour poser l’ambiance, une présentation des personnages suivie d’une rencontre, un apprivoisement, un jeu de séduction. S’en est suivie la maquette du montage musical qui me permettait de réfléchir à la chorégraphie.

Raconte-nous la conception du costume.

La création du costume a debuté avec la pièce maîtresse du numéro : la marionette. Par chance, j’ai trouvé une reproduction identique au masque du film. J’ai ensuite fait appel à un accessoiriste de théâtre, artisan du cuir, qui a conçu le corps de la bête et le mécanisme. J’avais envie d’assumer pleinement l’aspect marionette, d’où le fait que la créature n’ait pas de jambes. Il fallait donc mettre l’accent sur la tête et la carrure de la bête : un visage des plus expressifs, des épaules aux proportions humaines… la rendre la plus réaliste possible, lui donner vie !

Pour le reste du costume, j’ai fait appel à différentes costumières. Ma silhouette devait être féminine pour contraster avec la créature, et se marier à la couleur verte de la bête. Chaque pièce devait être facilement enlevable d’une seule main ! Un défi des plus handicapants car je tenais à garder la Créature à mon bras jusqu’à la fin du numéro.

Qu’est-ce qui t’a posé le plus de problèmes?

Le défi de taille etait la désynchronisation des mouvements pour faire croire à deux personnages differents joués par la même personne. Impossible de répéter avec un miroir, je me suis beaucoup filmée et mes amis ont servi de public test.
Un autre aspect mal anticipé fut le poids de la marionette… qui m’a vallu quelques séances de musculation des épaules !

Quelle est l’étape de création que tu as préférée?

Le montage musical est toujours ma partie preférée. Je compare souvent cette partie au fait d’aller chiner en brocante. On part avec une idée en tête, et on ne sait pas toujours ce qu’on va ramener! Je peux y passer des mois, mais une fois achevée, c’est comme une toile vierge sur laquelle je projette le dessin qui va s’animer.

La première fois ?

C’etait en 2014. Un an auparavant le collectif Lyonnais Machina Vapora nous annoncait la 5ème édition de La Burlesqu’O’Rama qu’il voulait grandiose. Il a ainsi demandé à chaque performeur de la région d’apporter un numéro inédit pour cette merveilleuse soirée. Cela m’a boostée à imaginer les choses en grand, sur la belle scène du Transbordeur !

Pourquoi as-tu choisi de parler de ce numéro en particulier?

Parce qu’il n’aurait jamais dû voir le jour, et que c’est aujourd’hui celui que je présente le plus et dans lequel je me suis le plus investie. C’est aussi un numéro que j’adore jouer devant des personnes qui voient du burlesque pour la première fois, et qui peuvent être parfois frileuses.
Son côté burlesque et théâtral le rend très accessible.

Et finalement, c’est ce que nous tentons toutes et tous de faire, à travers nos numéros, raconter de belles histoires.

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